L’UNACOIS, Voix des Commerçants

12.20.2018 | Articles | Bacary Dabo

Cet article a été publié sur Medium.

 

L’ Union Nationale des Commerçants et Industriels du Sénégal (UNACOIS) est devenue une véritable force de proposition dans le dialogue public-privé et un partenaire stratégique de l’Etat. Celle-ci est une position acquise après de longues années de luttes et de confrontations avec les pouvoirs publics, mais aussi de dialogue constructif sur les enjeux majeurs du secteur informel sénégalais. Cette histoire est racontée à travers des témoignages et des anecdotes par des témoins de cette spectaculaire évolution.

Révolution dans le secteur du commerce sénégalais

L’UNACOIS est une organisation de commerçants et d’entrepreneurs sénégalais influente qui a su cependant se défaire de son image de contestataire, prompte à « aller au front », pour se muer en une force de proposition dans le dialogue public-privé au Sénégal.

L’UNACOIS symbolise toute la communauté d’entrepreneurs sénégalais formés à la base dans les écoles coraniques, sans formation académique désigné par un expert de l’OIT dans les années 70, sous la terminologie du « secteur informel sénégalais » et les TPE (Très Petites Entreprises) et des PME (Petites et Moyennes Entreprises) qui, selon la dernière étude de l’Agence Nationale des Statistiques et de la Démographie (ANSD), représentent près de 98% de l’économie sénégalaise.

Créée en 1989, l’UNACOIS a eu des moments très forts dans son histoire et qui ont fait tache d’huile dans sa vie en tant qu’organisation et dans sa mutation en tant qu’institution. Son Assemblée générale constitutive a été une grosse surprise pour les pouvoirs publics du régime socialiste de l’époque.

M. Ousmane Sy Ndiaye, Directeur Exécutif de l’UNACOIS, rappelle qu’a l’origine de la création de l’organisation, au-delà du profond besoin de survie exprimé par bon nombre de Sénégalais nouvellement installés à Dakar et d’autres villes du Sénégal, face aux conséquences dramatiques de la sécheresse des années 70–80, la motivation première de ses initiateurs résidait dans leur volonté manifeste de prendre en charge leur destin en main et d’être reconnu comme acteur clé du jeu de la démocratie économique et sociale au pays.

Le secteur du commerce était sous monopole d’Etat avec les pratiques de quotas, des autorisations préalables d’exercice de commerce, des autorisations d’importation en l’absence de la libéralisation. Cette situation excluait bon nombre de Sénégalais du secteur du commerce. Une mise à l’écart qui a été durement vécue du fait des conséquences de la grande sécheresse des années 1970 ayant créé un exode rural massif.

« Les populations du monde rural qui avaient regagné Dakar, à la recherche de travail, n’avaient que le commerce pour s’activer alors que la loi ne permettait pas leur insertion. Ils avaient ainsi décidé de s’organiser pour relever ce défi de réforme politique et économique d’envergure qui était fondamental et qui devait prendre en charge cette préoccupation de survie, et d’aspiration au bien être ».

M. Ibrahima Diouf, Directeur du Bureau de Mise à Niveau des Entreprises du Sénégal (BMN), ancien Directeur des Petites et Moyennes Entreprises du Sénégal (PME) et ancien Secrétaire Permanent de l’UNACOIS y ajoute le contexte tumultueux dans lequel était née l’organisation commerçante.

« L’UNACOIS est née dans un contexte très houleux et bouleversé à travers lequel, elle a voulu apporter une réponse nationale face aux préoccupations des populations notamment la cherté de la vie et des lendemains qui n’étaient pas prometteurs ».

Dans les années 1990, le Sénégal était au cœur de la période d’ajustement structurel. Une période au cours de laquelle les gouvernements africains étaient en train de mettre en œuvre des politiques qui nécessitaient de gros efforts en termes d’austérité.

Face à cette situation, note cet ancien Secrétaire Permanent de l’UNACOIS, le combat pour la libéralisation du commerce de manière générale et de la filière riz qui était une denrée stratégique, s’annonçait avec acuité

« La libéralisation du commerce et celle de la filière riz qui, jusque-là, était un monopole de la Caisse de Péréquation et de Stabilisation des Prix, étaient la véritable motivation de la création de l’UNACOIS qui en avait fait un combat stratégique. »

A en croire M. Diouf, le positionnement de l’UNACOIS dans le marché du riz a été un succès suite à la stratégie adoptée lorsque le processus de libéralisation de la filière a été enclenché. Mais surtout du rôle prépondérant marqué par la mise en place de la structure UNACOIS SA, véritable bras économique et financier de l’organisation commerçante.

De l’avis de M. Diouf, après la dévaluation du franc CFA, c’est-à-dire, quatre ans après la création de l’UNACOIS, lorsque le processus de libéralisation de la filière riz a été enclenché avec le Président Abdou Diouf, l’Union n’a pas eu de mal à écouler la première cargaison de 60 mille tonnes de riz sur l’étendue du territoire. Il raconte que tous les bureaux régionaux de l’organisation ont été convoqués à Dakar et chaque président régional avait pris en charge une partie de la cargaison pour l’écouler dans sa zone.

M. Diouf met ainsi ce succès à l’actif d’une structuration réussie de l’organisation qui, dès sa mise en place, disposait des bureaux dans sept régions, puis onze avant d’en arriver à 14. Des bureaux qui jouaient le rôle de représentation et de liaison pour le bureau national. En effet, le « mouvement » comme on dénommait initialement l’UNACOIS Jappo avait pour ambition prioritaire d’être le relais des opérateurs à l’intérieur du pays vis-à-vis du gouvernement central de Dakar. Cette approche reste valable aujourd’hui et constitue en effet l’image de marque de l’organisation.

Les membres fondateurs de l’UNACOIS partageaient des valeurs communes et surtout des origines avec une vague venue des régions traditionnelles du Sénégal notamment le Cayor, le Ndiambour, le Saloum, le Baol…pour se retrouver à Dakar. « Ils se sont rabattus sur le petit commerce et ont habité les périphéries de la capitale, dans des quartiers comme Thiaroye, Pikine, Keur Massar, Yeumbeul, Parcelles Assainies… », renseigne M. Diouf.

Dans la dynamique ayant conduit à la libéralisation du commerce, Ousmane Sy Ndiaye évoque le rôle d’impulsion et de pression que l’UNACOIS a joué dans la réussite de la première grève générale qu’a connu le Sénégal dans les années 92–93, en guise de contestation des mesures qu’exigeait l’Etat. M. Sy Ndiaye affirme :

« Les commerçants avaient décidé de braver tout interdit au prix de leur survie, leur insertion dans le dispositif du commerce ».

Une organisation résiliente ayant survécu à plusieurs soubresauts

L’ UNACOIS s’est aussi caractérisée par sa résilience avec sa capacité à surmonter les nombreux soubresauts qui ont jalonné son parcours. Elle a su résister à beaucoup de facteurs et de menaces grâce à des acteurs dont la trajectoire témoigne d’une détermination et une ambition à s’imposer dans un environnement très concurrentiel.

Mais si la mise en place de l’Union sonnait comme la création des conditions d’un vaste rassemblement de commerçants et d’entrepreneurs sénégalais, la prévisibilité de son modèle organisationnel avait vite montré ses limites.

Son système de gouvernance ne prenait pas en compte les exigences d’exécution et surtout la dynamique de croissance de l’organisation.

« La direction de l’UNACOIS de l’époque n’était pas suffisamment préparée sur le plan technique notamment à assurer le pilotage ou un management suffisamment pertinent de l’organisation pour gérer en interne toutes les contradictions et faire face à ces différents challenges », confie M. Ousmane Sy Ndiaye.

M. Ibrahima Diouf y ajoute l’effet de la forte pression des hommes politiques qui, face à une organisation aussi puissante, voulaient absolument la déstabiliser ou du moins la contourner pour ne pas l’avoir en face dans le cadre de joutes électorales.

Ousmane Sy Ndiaye pointe du doigt toutes ces raisons qui, d’après lui, expliquent le fait que l’UNACOIS a connu sa première scission 97–98. La cause était une mésentente des responsables dont certains fondateurs sur le mode de gouvernance. Une crise de confiance en interne précipitait son éclatement avec la naissance, à l’époque, de l’UNACOIS-DEF et l’UNACOIS Association. Il s’agissait pour ceux qui ont quitté de garder l’image tout en essayant en vain de créer de nouvelles organisations.

Mais, dès le début des années 2000, ces acteurs se sont tout de suite rendu compte que cet éclatement a provoqué une véritable situation de fragilité du mouvement commerçant. Ce qu’ils avaient vécu avant 1989, en termes de tracasserie administrative, de contrôle excessif, de contrôle économique, de contrôle des prix, commençaient à ressurgir. Avec la facilitation du président de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Dakar (CCIAD) de l’époque, M. Mamadou Lamine Niang, une démarche de conciliation et de rapprochement des deux UNACOIS a été engagée.

Un long processus où les protagonistes devaient discuter sur plusieurs questions : Comment se retrouver ? Comment améliorer la gouvernance interne ? Comment améliorer les règles de procédure ? Comment améliorer l’éthique professionnelle de l’organisation ? Une démarche qui avait fini par payer car ayant abouti à la réunification en 2007 de toutes les unités antagonistes de l’UNACOIS.

Ousmane Sy Ndiaye précise que ce processus de réunification a été retardé par le « phénomène chinois » qui divisait les commerçants sénégalais avec une perception et des points de vue différents. Les lobbys d’importation chinoises et l’arrivée de distributeurs de masse a, en effet, provoqué une secousse importante au Sénégal comme dans les pays de la sous-région; faut-il promouvoir la production et l’optimisation de l’impact local ou plutôt l’accès à des prix bas pour les consommateurs, un retour social faible sur l’emploi national et une absence de contrôle qualité suffisant des produits chinois?

Sous la présidence de M. Moustapha Sakho, l’UNACOIS a poursuivi le processus de réunification jusqu’à l’aboutissement du projet intégral de rapprochement de toutes les entités qui a donné lieu à l’UNACOIS JAPPO. En 2007, l’UNACOIS se réunifie et la principale entité discordante avait proposé l’actuel président, M. Idy Thiam.

Le modèle réussi de réunification a, d’ailleurs, amené le Centre Africain d’Etudes Supérieures en Gestion (CESAG) qui est une Ecole de référence dans le continent, à en consacrer une étude de cas. C’est aussi le déclanchement de partenariat avec la coopération allemande et le Centre International de l’Entreprise Privée. Ce dernier était en contact avec l’UNACOIS avant la dite réunification pour démarrer sa coopération avec l’UNACOIS Jappo.

Une entrée réussie des nationaux dans le commerce

Lecontexte était tellement tumultueux que la création de l’UNACOIS était perçue par bon nombre de Sénégalais comme une bouée de sauvetage et surtout une prise de conscience d’un leadership national économique. C’est à partir de ce moment qu’on a commencé à parler de patriotisme économique », affirme M. Ousmane Sy Ndiaye.

Un mouvement d’ensemble était ainsi né où le besoin d’un véritable leadership porté par des nationaux pour affirmer la primauté de la préférence nationale était-là. Pour le Directeur exécutif de l’UNACOIS JAPPO, l’Etat venait de voir des analphabètes en français notamment, démontrer une capacité d’organisation jamais connue au Sénégal et de se réunir pour une meilleure prise en charge de leurs préoccupations.

Monsieur Sidatt, expert régional de CIPE mais qui travaillait en 2007 pour le Groupe de la Banque mondiale sur le Sénégal se souvient de ces premières années de l’UNACOIS Jappo.

« Lorsque vous rencontrez les leaders de ce mouvement vous pouvez rapidement savoir leur niveau d’engagement grâce à la passion qu’ils dégagent ; de l’autre côté, les responsables du ministère de commerce ne peuvent les ignorer mais ont une peur claire de l’imprévisibilité de ces leaders. C’est un paradoxe qu’il est bon de rappeler surtout au vu des changements positifs et de la situation actuelle».

Ce qui sonnait comme un fait inédit du moment que l’UNACOIS était reconnue comme étant la première organisation professionelle totalement autonome et exclusivement d’inspiration locale au Sénégal. Contrairement à la démarche d’autres organisations professionnelles du secteur formel et informel qui existaient avant elle notamment le Groupements Economiques Sénégalais (GES), l’OCAIS, le Réseau Africain et Sénégalais des Femmes Chefs d’Entreprises (RASEF)…

Entre autres particularité, l’UNACOIS est la première structure qui regroupe aussi bien les importateurs, les exportations, des aspirants industriels, des demi-grossistes, des grossistes, des détaillants et même marchands ambulants ou tabliers. L’organisation, dans sa philosophie, a très tôt clarifié sa volonté de massification avec comme mot d’ordre : « tous les membres demeurent égaux, que l’on soit industriel ou vendeur de cacahouètes. »

Cette première prise de conscience de l’importance du secteur informel dans l’économie sénégalaise marquait le point de départ des grandes conquêtes de l’UNACOIS. Ainsi, l’avènement de la loi portant libéralisation du commerce a été un fait majeur aussi bien dans la vie de l’UNACOIS que dans la vie des commerçants sénégalais.

Le Directeur Exécutif de la Confédération nationale des Employeurs du Sénégal (CNES), M. Mor Talla Kane, pour sa part, estime que l’UNACOIS est une organisation qui se définit par deux caractéristiques : l’esprit d’initiative et l’audace. L’esprit d’initiative, souligne-t-il, parce que l’UNACOIS a compris très tôt qu’il fallait introduire de nouveaux acteurs dans le jeu économique.

« Ils ont fait une très belle lecture de la réalité et ont compris qu’une bonne partie de ce qui faisait la richesse ou créer des emplois était en dehors du système reconnu officiellement et qui n’étaient pas conviés aux rencontres où étaient définies les orientations stratégiques. »

Selon lui, l’UNACOIS a pu se débarrasser d’un complexe du fait que s’identifier au secteur informel était perçu par nombre de personnes comme non valorisant. Dans cette même dynamique, M. Kane qui parle d’audace fait allusion à l’engagement de l’Union à s’imposer en tant que force de proposition face à tous ses interlocuteurs: gouvernement, Etat, partenaires techniques et financiers, secteur privé, et consommateurs.

Aujourd’hui, confie M. Diatta, les membres de l’UNACOIS qui sont dans les plateformes de riz, d’huile ou de pomme de terre, s’organisent pour pouvoir prétendre importer ou acheter la production locale. « Avec ce système, on n’entend plus parler d’invendu au niveau de la production locale », confie M. Diatta. Donnant l’exemple de l’huile, il a fait savoir que :

« En moins d’une semaine les acteurs membres de l’UNACOIS, se sont réunis au siège de l’organisation et ont mis sur la table 1,850 milliards de F Cfa pour rassurer l’Etat et s’engager à acheter toute la production d’huile disponible ».

L’influence retrouvée face au public et le respect obtenu vis-à-vis du patronat

Dupoint de vu de la représentativité, l’UNACOIS JAPPO a retrouvé toute son influence. Aujourd’hui, elle est liée par différents accords de régulation avec le gouvernement ; en plus, elle jouit d’une représentation régionale sur l’ensemble du territoire.

Le premier accord de régulation sur les prix des denrées de consommations courante contribue à lutter contre l’inflation. A travers cet accord, soutient M. Ousmane Sy Ndiaye, l’UNACOIS appuie le gouvernement de manière à ne pas subventionner les prix et à opérer une économie de l’ordre de 350 milliards de CFA par an.

Le second accord est lié à la consolidation du mécanisme de régulation des marchés horticoles. Sur ce plan, avec l’accord liant l’UNACOIS à l’Etat, le Sénégal est relativement autosuffisant en oignon et s’achemine inévitablement vers une autonomisation en pomme de terre.

Une démarche que l’organisation commerçante a également réitérée sur le riz en répondant à l’appel du président de la République du Sénégal, Son Excellence M. Macky Sall, face à son ambition de parvenir à une autosuffisance. Sur cette denrée stratégique, l’UNACOIS accompagne le gouvernement sur les conditions de mise en marché du riz local en aidant à la levée de toutes les barrières contre une bonne commercialisation du riz sénégalais. Le même type d’accord existe sur le marché de l’huile, notamment de l’huile d’arachide, où Etat et UNACOIS travaillent pour créer des conditions durables de débouché de la récolte de graine d’arachide au Sénégal.

Une batterie d’accords qui fait dire à M. Ousmane Mbaye, Directeur du Commerce Intérieur qu’entre l’Etat et l’UNACOIS existent des relations de partenariats très fortes basées sur l’écoute et la concertation, mais également sur l’anticipation sur les éventuels problèmes. Sur la rubrique des partenariats sur le commerce, M. Mbaye avise que l’Etat gère en étroite collaboration le dossier de la commercialisation du sucre avec l’UNACOIS, avec qui il se concerte avant la prise de toute décision. La même démarche est adoptée dans les filières riz, oignon, pomme de terre, et entre autres.

Avec ce climat de confiance, l’UNACOIS jouit d’une certaine reconnaissance qui donne à ses membres l’opportunité d’être présents dans presque toutes les instances de décision sur le plan économique. L’organisation est souvent invitée aux Conseils interministériels sur les questions relatives à l’activité de commerce, l’entreprenariat, le financement, l’emploi…

Elle siège aujourd’hui dans toutes les instances à connotation économique notamment le Conseil Présidentiel de l’Investissement (CPI) ; le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) ; le Comité National du Dialogue Social ; le Conseil d’Administration de l’Agence de Développement des Petites et Moyennes Entreprises (ADPME) ; l’Institut de Technologie Agricole (ITA) ; deux représentants dans le bureau de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (CCIAD) ; au Conseil d’administration du Conseil Sénégalais des Chargeurs (COSEC) qui est un établissement mixtes (mi- privé, mi- public).

Un des vice-présidents de l’UNACOIS a été nommé Conseiller Spécial du Chef de l’Etat. Ce qui symbolise le trait d’union et le dialogue direct qui existe entre l’UNACOIS, le Président de la République et le Secteur Public, dans son ensemble. En plus de son influence reconnue, l’UNACOIS est très respectée par les autres entités du secteur privé sénégalais avec qui elle partage des projets.

Le Directeur Exécutif de la CNES qualifie l’UNACOIS de « majorité silencieuse très active ». Pour Mor Talla Kane, « cette organisation a modifié la trajectoire de la gestion et de la gouvernance du secteur privé local dans ses deux composantes formelle et informelle ». A l’en croire, la CNES a mené énormément de combats aux côtés de l’UNACOIS. C’est à l’image du combat mené sur le patriotisme économique mais aussi avec la disparition des monopôles.

La CNES a également travaillé pendant très longtemps sur des sujets d’actualité avec l’UNACOIS avec qui elle a partagé des cadres de concertation mis en place pour gérer de manière collégiale l’après dévaluation.

En 2003, les deux organisations ont organisé, dans le cadre de la Coordination Patronale du Sénégal (CPDS), la Conférence sur l’investissement et l’emploi qui est réputée être la plus grande concertation nationale sur le développement économique et l’investissement.

« Nous avons ensemble organisé des foras en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique. Pendant trois jours, nous avons réuni à Dakar la diaspora européenne, asiatique et africaine pour parler d’un thème très important : « Secteur informel, investissement et emploi ». Ce qui avait réussi une grande mobilisation avec des délégations qui sont venues de partout », fait-il savoir.

Pour Mor Talla Kane, le rayonnement de l’UNACOIS va au-delà du Sénégal, du moment qu’en Afrique de l’Ouest, cette organisation a été le précurseur de tout ce mouvement du secteur dit informel. D’ailleurs, son Directeur Exécutif, M. Ousmane Sy Ndiaye siège depuis dix ans dans le bureau de la Chambre Consulaire Régionale de l’UEMOA. Ce qui fait de l’organisation l’un des animateurs du Cadre Régional de dialogue entre le secteur privé et les autorités régionales.

M. Ibrahima Diouf, pour sa part, explique, les succès qu’enregistre l’UNACOIS , en partie, par la trajectoire de ses acteurs qui, selon lui, sont imbibés de valeurs fondamentales pour la réussite dans les affaires à savoir l’endurance, la droiture, persévérance… Ce qui donne à son Top Management un profil atypique. Un profil de synthèse, dira Ousmane Sy Ndiaye, pour désigner son président qu’il qualifie de commerçant analphabète, qui a la reconnaissance de ses pairs après avoir fait ses preuves dans le secteur, avec ses 30 ans d’expérience dans l’activité d’importation et de distribution.

La contribution invisible mais précieuse de CIPE

L’UNACOIS est devenue une institution avec un personnel technique très avisé. Elle se positionne en plateforme de services, en apportant de la valeur ajoutée à ses membres. Dans sa démarche, à la place de la revendication, elle privilégie le dialogue avec les autorités compétentes et une image de force de proposition proactive et constructive.

Aujourd’hui, si elle a pu réussir sa transformation c’est en grande partie grâce à son partenaire CIPE (Center for International Private Enterprise), qui est basée aux Etats Unis et dont l’appui peut être conçu comme la colonne vertébrale de l’évolution de l’UNACOIS. M. Ousmane Sy Ndiaye reconnait que cette institution américaine a fortement impacté l’évolution de l’UNACOIS. « Les premiers ordinateurs modernes que j’ai pu installer au niveau de l’UNACOIS, je les ai acquis grâce au partenariat avec CIPE ».

M. Haroune Sidatt, Spécialiste Principal du Développement du Secteur Privé et Expert Régional de CIPE l’explique : « Pour CIPE, la relation avec l’UNACOIS a été une réussite car elle a permis de transformer l’organisation et assurer son impact sur les TPE-PME sénégalaises. Mes collègues et moi avons une relation spéciale avec l’équipe de l’UNACOIS ; nous sommes une seule équipe avec une seule motivation ». Le partenariat entre CIPE et l’UNACOIS se matérialise par la mise en place de plusieurs axes de travail dont le développement du dialogue public — privé entre l’Etat et l’UNACOIS, le renforcement de capacité, la formation de ses membres et la décentralisation.

M. Antony Diatta, Directeur des services au niveau de la plateforme de l’UNACOIS, et chargé de programme avise que grâce à l’appui de CIPE, l’UNACOIS a pu mettre en place, avec l’aide d’une structure de la place, une plateforme digitale qui est en cours de développement et dont certaines fonctionnalités sont déjà opérationnelles.

Selon lui, il s’agit d’un CRM, un intranet, un système efficient de gestion des courriers, un système de comptabilité. Et les objectifs visés sont de permettre à l’UNACOIS de pouvoir interagir avec ses membres à tout moment et en tout lieu. Ce qui, de l’avis de M. Diatta, parait fondamental pour l’UNACOIS car « si on veut discuter et sensibiliser nos membres, il faut qu’on ait un système d’information qui nous permette d’échanger en temps réel ».

Dans cette même dynamique, Haroune Sidatt rappelle que les deux premiers programmes qui lient les entités avaient pour objectifs de réorienter l’UNACOIS et d’appuyer le changement de culture interne pour passer d’une image de mouvement revendicateur fort à une association professionnelle engagée à défendre les intérêts collectifs des TPE et PME nationales.

Pour cela, poursuit-il, il a été initié une orientation de pérennisation avec un partenariat entre l’UNACOIS et l’Université de Dakar entre autre pour publier des policy papers ciblés ; « il s’agit de créer le lien entre les acteurs privés et le monde de la recherche pour assurer la credibilité des propositions de reformes. »

Antony Diatta estime que l’appui de CIPE a aidé à organiser la table ronde de dialogue public-privé entre l’UNACOIS et les différentes directions étatiques en charge du commerce. C’est dans ce sens que l’UNACOIS planifie de sortir deux publications dont la première va porter sur des thèmes bien spécifiques à savoir : Comment développer la PME sénégalaise ?

Pour M. Sidatt, compte tenu du niveau d’évolution de l’UNACOIS, le futur de l’organisation peut être radieux si elle parvient à pérenniser ses acquis ainsi que sa capacité à maintenir le rythme. Selon lui, cet avenir projeté passe par plus de services, plus d’ouverture pour attirer les membres et les partenaires et surtout la capacité de l’organisation à affronter les enjeux de la globalisation et de la modernisation du commerce. Au-delà du plaidoyer public pour la reforme économique nationale, l’organisation doit assurer l’intégration des membres dans cette dynamique de compétitivité et de résilience. Il faut cependant, précise-t-il, éviter l’instrumentalisation ou la politisation qui sont les véritables clés de la crédibilité et de la professionnalisation d’une organisation representative.

Dans la même veine, Mor Talla Kane pense que la plus grande menace qui guette l’UNACOIS comme les autres organisations, c’est de garder son bloc. « Il faut que l’UNACOIS maintienne le cap et continue d’avoir cet esprit de solidarité en interne ». A son avis, le nombre important de membres constituant une force de mobilisation donne à cette organisation un poids économique, social, politique qui ne laisse personne indifférents. « La tentation est très grande pour être utilisée comme un élément du jeu politique et c’est la grande menace qui pèse sur toutes les organisations », avertit le Directeur Exécutif de la CNES.

Regard vers l’avenir

Ledéfi majeur pour l’UNACOIS reste sa capacité à ouvrir des couloirs permettant une migration réussie de ses acteurs ayant accumulé expériences et capitaux vers le secteur formel, et de renforcer la classe des futurs managers industriels de notre pays. Elle pourrait être le laboratoire ou se « fabriquent » à côtés des grandes écoles des hommes d’affaires de demain. Elle en a les ressources humaines et sa propre pédagogie alternative qui a parfois fait ses preuves. Au regard de son parcours, l’UNACOIS peut nous inspirer à inventer des outils d’analyse pour une nouvelle trajectoire vers l’émergence qui prendrait plus largement en compte les spécificités de notre économie où la règle est l’informel, et l’exception le formel.

Sur cette lancée, le Directeur du Commerce Intérieur estime que, avec sa massification, l’UNACOIS doit réfléchir à mettre en place sa propre banque. Ce qui sera différent de la mutuelle qu’elle a eu à créer dans le passé. Pour Ousmane Mbaye, l’UNACOIS JAPPO doit orienter ses actions sur l’anticipation sur les exigences du client-consommateur en amenant ses membres à se réajuster et relever leur niveau face à la concurrence et l’arrivée des grandes enseignes européennes qui leur disputent le marché local.

Ibrahima Diouf, pour sa part, invite l’UNACOIS à faire face aux défis relatifs à l’industrialisation, la modernisation de ses circuits de distribution, la diversification de ses activités adaptées au nouveau contexte de la mondialisation surtout à l’ère des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (TIC).

Les membres, le bureau exécutif, le leadership et les partenaires rencontrés semblent tous voir en cette évolution de l’UNACOIS une affirmation de son positionnement comme partenaire de choix aux autorités publiques pour le développement d’un Sénégal Emergent et une détermination à assoir une organisation durable et moderne. Son implication dans le PSE et son plaidoyer continueront à écrire de beaux chapitre avenir.

 

Cet article a été écrit avec le soutien du Center for International Private Enterprise (CIPE).